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L’église Saint-Sulpice (1646-1870)

Place Saint-Sulpice

saint sulpice

La façade principale

Au XIIIe siècle, une première église dédiée à saint Sulpice, évêque de Bourges et aumônier de Clotaire II, occupait sensiblement le même emplacement. En raison de l’accroissement de la population du faubourg Saint-Germain, elle fut plusieurs fois agrandie dans le premier tiers du XVIIe siècle, sous la direction de l’architecte Christophe Gamard (mort en 1649). En 1636, celui-ci présenta toutefois un plan de reconstruction totale. Sous l’impulsion du curé Jean-Jacques Olier, fondateur du séminaire de Saint-Sulpice et de la compagnie des prêtres sulpiciens, ce plan fut approuvé en 1643.  

En 1646, Anne d’Autriche posa la première pierre de la nouvelle église. Après la mort de Gamard et les troubles de la Fronde, Louis Le Vau (1612-1670) reprit le chantier et reçut l’ordre d’augmenter les proportions de l’église. Il remit par conséquent un nouveau projet, en 1655, que son successeur Daniel Gittard (1625-1686) modifia à son tour. C’est finalement Gittard le véritable architecte de Saint-Sulpice : il engagea la construction du chœur, des bas-côtés et du transept. Les travaux s’interrompirent toutefois en 1678, faute d’argent.

Le chantier de l’église, qui reprit grâce au zèle d’un nouveau curé, Jean-Baptiste Languet de Gergy, fut confié à un élève de Jules Hardouin-Mansart, Gilles-Marie Oppenordt (1675-1742), surtout connu comme ornemaniste. Oppenordt fit surmonter la croisée du transept d’un campanile (qui s’effondra en 1731), puis acheva la nef en 1736. Dans l’intervalle, un concours pour le dessin de la façade désigna Jean-Nicolas Servandoni (1695-1766), triomphateur de deux redoutables concurrents : le même Oppenordt (qui avait imaginé une façade baroque à la manière de Borromini) et Jules-Aurèle Meissonnier (dont le projet adoptait un style pareillement décoratif).

Fortement influencé par la cathédrale Saint-Paul de Londres, le dessein de Servandoni demeura inachevé à sa mort.

église Saint Sulpice

Vue de l’église Saint-Sulpice, depuis la rue Férou

Composée en largeur, la façade actuelle présente deux portiques superposés, compris entre les bases de deux tours, percées d’arcs en plein cintre. Le portique inférieur, d’ordre dorique, supporte un entablement orné d’une frise à métopes et triglyphes. Le portique supérieur, d’ordre ionique, supporte un entablement dépouillé, sous une corniche à modillons. Il abrite une très vaste loggia ou galerie, simplement bordée de balustres.

saint sulpice projet servandoni

Jean-Nicolas Servandoni

Église Saint-Sulpice. Premier projet de Servandoni, première moitié du XVIIIe siècle, plume et lavis à l’encre de Chine, 34,5 x 28 cm, BNF, Estampes  

Les successeurs de Servandoni dénaturèrent le projet initial de l’architecte. Le fronton imaginé par Servandoni, finalement édifié par Pierre Patte en 1766, mais détruit par la foudre en 1770, fut remplacé par une balustrade en guise de couronnement.

Désigné par un nouveau concours, Oudot de Maclaurin succéda à Servandoni pour l’achèvement de la façade. C’est lui qui engagea l’érection des tours sur une base octogonale à fronton arrondi. Contesté, il dut céder sa place à Jean-François Chalgrin. Ce nouvel architecte redessina la tour nord, carrée et à fronton pointu, sans avoir le temps d’intervenir sur la tour sud, laissée inachevée par Oudot de Maclaurin. Les deux tours (par conséquent dissemblables) sont surmontées d’un second étage circulaire.

st sulpice entrée st sulpice

Le portique inférieur de l’église est supporté par des colonnes cannelées à chapiteau dorique, accouplées en profondeur, qui supportent un entablement orné d’une frise à triglyphes et métopes.

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Michel-Ange Slodtz

La Force (l’une des quatre Vertus cardinales), 1750-1756, Paris, église Saint-Sulpice, portique inférieur.

Le mur du fond comprend, dans sa partie haute, sept bas-reliefs sculptés par Michel-Ange Slodtz, qui illustrent les Trois Vertus théologales et les Quatre Vertus cardinales. Le même sculpteur réalisa également les quatre médaillons figurant les Évangélistes.

Les deux grandes statues logées dans les niches du mur du fond, représentant Saint Pierre et Saint Paul, ont en revanche été exécutées en 1856, par le sculpteur Emile Thomas (1817-1882).

 

caisson st sulpice

Le plafond du portique inférieur

Des caissons à renfoncement découpent le plafond du portique inférieur de la façade occidentale. Une frise de grecques se développe sur le pourtour de ces caissons, dont le centre est occupé par des feuilles d’acanthe repliées en bouton et déployées en étoile. La composition ornementale s’adapte ainsi au tracé d’un cercle, inscrit dans un carré, dont les angles portent de semblables feuilles naissant d’un bouton.

Des éléments en saillie décorés d’un rang de petites fleurs encadrent ces grands compartiments.

 

nef saint sulpice

La nef et le chœur

L’église Saint-Sulpice adopte un plan en forme de croix latine, avec un transept peu visible à l’extérieur. La nef de cinq travées est bordée d’arcades en plein cintre, ouvertes sur les bas-côtés et les chapelles latérales. De gros piliers, sur lesquels retombent les arcades des bas-côtés, portent les hauts pilastres cannelés à chapiteau corinthien ou composite qui supportent l’entablement filant autour de la nef.

Large et peu saillant, le transept précède un chœur en hémicycle, contourné par un déambulatoire. Derrière le déambulatoire du chœur, l’abside est occupée par une grande chapelle, dédiée à la Vierge, de forme elliptique et surmontée d’une coupole. 

st sulpice bénitier

Jean-Baptiste Pigalle (1714-1785)

Piétement en forme de rocher, marbre, Paris, église Saint-Sulpice

Du côté de l’entrée principale, deux grandes coquilles (tridacnes) forment de spectaculaires bénitiers : offertes à François Ier par la République de Venise, elles reposent désormais sur un piétement de marbre, à l’imitation de rochers habités de crustacés, et un socle de congélations, imaginés par Jean-Baptiste Pigalle. Ces deux coquilles forment de spectaculaires bénitiers. 

élévation nef st sulpice

L’élévation de la nef

Les pilastres cannelés à chapiteau corinthien se dressent entre les grandes arcades ouvertes sur les bas-côtés de la nef. Ces piliers soutiennent un entablement dépouillé d’ornementation et coiffé d’une corniche à modillons.

De grandes verrières s’élèvent au-dessus de la corniche de l’entablement. Elles se logent au fond de profondes lunettes qui pénètrent la voûte en berceau de la nef. Les arêtes de ces lunettes dessinent une ligne sinueuse qui rompt avec la sévérité de l’architecture classique de l’édifice.

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Eugène Delacroix (1798-1863)

Héliodore chassé du Temple, 1856-61, peinture à l’huile et à la cire, Paris, église Saint-Sulpice, chapelle des Saints-Anges

Dans les dernières années du règne de Louis XVI, Jean-François Chalgrin réaménagea les chapelles situées au rez-de-chaussée des deux tours dans un style purement néoclassique. Dans la tour nord, la chapelle des Fonts baptismaux reçut en outre quatre statues allégoriques représentant La SagesseLa Grâce, La Force et L’Innocence, exécutées par Simon-Louis Boizot.

Le décor des chapelles latérales est également très riche en monuments funéraires et en peintures murales, exécutées aux XVIIIe et XIXe siècles. En 1849, le peintre d’histoire Eugène Delacroix fut désigné pour composer le décor de la chapelle des Saints-Anges, située à droite de l’entrée principale. Delacroix réalisa plusieurs esquisses préparatoires, qu’il soumit avant d’entreprendre les grandes compositions destinées aux parois de la chapelle et la peinture ovale de la voûte.

Le chantier de décoration de la chapelle s’intensifia après l’achèvement de la galerie d’Apollon, au Louvre, et du salon de la Paix, à l’Hôtel de ville de Paris, pour lesquels Delacroix avait été sollicité. Entre 1855 et 1861, l’artiste entreprit les peintures latérales de la chapelle : Héliodore chassé du Temple et La Lutte de Jacob et de l’ange.

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Le cavalier et l’un des deux anges

Héliodore chassé du Temple rapporte l’infortune du « préposé aux affaires » du roi séleucide (Syrie) Seleucos IV, chargé de confisquer le trésor du temple de Jérusalem et chassé, à la prière du grand prête Onias, par un jeune homme et deux anges envoyés par Dieu.

Selon l’exemple des grands maîtres de la peinture (Raphaël, 1511-1512, Rome, musée Vatican, chambre d’Héliodore ; G. de Lairesse, 1674, Cologne (Köln), Wallraf-Richartz-Museum), Delacroix campe la scène dans un temple magnifique. Il représente le moment où Héliodore, renversé par un cheval qui le maintient sous ses sabots, est livré aux verges de deux anges qui le fouettent avec vigueur.

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Eugène Delacroix

Saint Michel terrassant le dragon, 1856-61, peinture à l’huile et à la cire, Paris, église Saint-Sulpice, chapelle des Saints-Anges

Le célèbre peintre d’histoire composa également un grand ovale entouré d’une bordure dorée feinte, où paraît Saint Michel terrassant le dragon, ainsi que quatre figures en grisaille, logées dans les écoinçons.

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Le bras nord du transept 

Une coupole sur pendentifs couvre la croisée du transept. Les pendentifs portent une décoration en faible relief représentant de hauts encensoirs fumants, posés sur de petits socles.

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La coupole sur pendentifs, depuis le déambulatoire du chœur

Quatre médaillons en bois peint alternent avec ce décor sculpté : ils représentent le Christ (vers le chœur) et Melchisédech (vers la nef), par François Le Moyne (1688-1737) ; les figures de saint Pierre et saint Jean-Baptiste, respectivement au nord et au midi, par Claude-Guy Hallé.

Au sommet de la coupole, une colombe entourée de rayons, aux ailes étendues et portant un rameau d’olivier, symbolise l’Esprit Saint.

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La chapelle de la Vierge

Au-delà du transept, le déambulatoire contourne le sanctuaire et le chœur de l’église, et dessert les chapelles rayonnantes. Selon l’usage, Christophe Gamard dédia la chapelle axiale à la Vierge. Il eut l’idée de lui donner un plan elliptique, que son successeur Le Vau mit en œuvre.

C’est toutefois Servandoni qui contribua, en 1729, à la décoration de la chapelle de la Vierge et Charles de Wailly, qui conçut, en 1774, la niche sur trompe, au-dessus de la rue Garancière. Dans cette niche quelque peu théâtrale, De Wailly plaça une statue de la Vierge à l’Enfant, sculptée par Pigalle, qui illustre le dogme de l’Immaculée Conception, foulant le serpent, symbole du Mal.

La splendide peinture de la coupole, réalisée par François Lemoyne en 1732, représente L’Assomption de la Vierge, entourée d’anges, de docteurs et de saints (dont Pierre et Sulpice), des Pères de l’Église, de vierges. Elle montre également le Père Olier, plaçant ses paroissiens sous la protection de la mère du Christ.

Quatre grands tableaux, peints par Carle Vanloo vers 1746, décorent également les murs de la chapelle : ils représentent L’Annonciation, La Visitation, L’Adoration des bergers et La Présentation au temple. Retirés de leur emplacement, ils ont fait l’objet, en 2016, d’une restauration qui leur a rendu tout leur éclat.

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L’autel de la chapelle de la Vierge

Les colonnes de marbre de la niche auraient par ailleurs une origine antique : elles proviendraient en effet de Leptis Magna (« Nouvelle ville »), l’une des villes importantes de la république de Carthage. Données en paiement à Louis XIV, après le bombardement de Tripoli, en 1685, elles furent remployées pour diverses constructions. Languet de Gergy en préleva quelques-unes et les disposa dans la chapelle de la Vierge, en 1742.


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Edme Bouchardon (1698-1762)

Le Christ à la Croix, 1735, marbre, Paris, église Saint-Sulpice, croisée du transept

Rue Garancière

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La tourelle sur trompe abritant la niche surmontant l’autel de la chapelle de la Vierge

Au chevet de l’église, sur la rue Garancière, la chapelle de la Vierge cause un décrochement en encorbellement, formant une tourelle sur trompe, coiffée d’un petit dôme.

Rue Palatine

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L’épi de faîtage de la chapelle de l’Assomption

De la chapelle de la Vierge, un corridor mène à la chapelle de l’Assomption, également accessible depuis la rue Palatine.

Édifiée en 1724, au pied du chevet, cette chapelle est coiffée d’un étonnant toit en bulbe, où pointe un épi de faîtage en bronze, qui prend la forme d’un pélican nourrissant ses petits de son sang, après voir percé sa propre chair. Symbole de piété et de charité, la figure du pélican renvoie au sacrifice du Christ, versant son sang pour le salut du genre humain.

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François Dumont (1688-1726)

Saint Jean-Baptiste, 1725, pierre, Paris, église Saint-Sulpice, façade du transept sud

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L’Évangéliste saint Luc, près du taureau, son emblème

La tour nord comprend deux étages d’ordre corinthien. Les colonnes cannelées du premier étage portent un entablement couronné de frontons triangulaires. Le second étage circulaire est flanqué de quatre statues, exécutées par Louis-Philippe Mouchy et Simon-Louis Boizot. Elles représentent les quatre Évangélistes.  

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