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Les immeubles du carrefour Curie (1931) et la rue Dauphine (1607)

Carrefour Curie

immeuble pont neuf

Les immeubles du carrefour Curie

Les immeubles du carrefour Curie sont issus d’une vaste opération immobilière engagée par la Ville de Paris dans l’Entre-Deux-Guerres. Il était alors question de créer une nouvelle place dédiée à Pierre Curie, mort en 1906 après avoir été renversé par une voiture hippomobile à l’entrée de la rue Dauphine. Pour mener le projet à bien, la municipalité racheta tous les immeubles situés au débouché du Pont-Neuf entre 1922 et 1928 et chargea l’architecte Joseph Marrast de délimiter la nouvelle place par un ensemble de bâtiments.

 Joseph Marrast proposa la construction de trois « blocs », disposés de part et d’autre de la rue Dauphine. Les deux corps de bâtiment, érigés à droite de la rue Dauphine, formant un arc-de-cercle, devaient surplomber l’embouchure de la rue de Nevers.

Dans ce quartier situé au cœur du Paris historique, l’architecte s’efforça de fondre la construction « moderne » dans un tissu urbain plus ancien, reprenant notamment le « brique et pierre » des façades de la place Dauphine toute proche. La structure de béton armé de chaque « bloc » disparaît en effet derrière l’ordonnancement inspiré de l’architecture du début du XVIIe siècle : rez-de-chaussée percé d’arcades, fenêtres à fronton pointu, volume « pavillonnaire » de chaque élément, rendu par les hauts combles couverts de tuiles grises, les lucarnes et les cheminées élevées. 

immeuble face pont neuf (2)

A la gloire de la Seine

Les deux corps de bâtiment situés à droite de la rue Dauphine sont réunis par un pavillon central, couronné d’un fronton que le sculpteur Carlo Sarrabezolles (1888-1971) réalisa en taille directe dans le béton en prise.

Ce bas-relief, intitulé A la gloire de la Seine, réunit, autour d’une figure féminine à la longue chevelure symbolisant le fleuve, nue et tenant fermement une rame, quatre centaures surgissant des flots et brandissant Notre-Dame de Paris, une torche, une conque marine, un caducée, une corne d’abondance et une nef de navire.

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La voûte du passage vers la rue de Nevers

Le pavillon central repose sur un passage voûté ouvert par une large arcade enjambant la rue de Nevers. La voûte de ce passage est ornée de motifs stylisés suggérant les caissons, les ornements et les moulures d’une voûte en pierre, sur laquelle de grandes tables de marbre auraient été fixées. L’inscription d’un cartouche interpelle le passant : « Toi qui vas les guêtres traînant / Au long des quais de la rivière / Lis ces vieux vers écrits au temps / Où ce beau coin de ton Paris / N’était plus qu’une fondrière / Indigne du bon roi Henri ».

Un grand cartel rectangulaire livre d’autres vers de Claude Le Petit (1638-1662), poète libertin condamné au bûcher et exécuté en place de Grève pour avoir mis en cause les mœurs de la famille royale et du cardinal Mazarin :

« Faisons ici renfort de pointes / Ce chemin nous mène au Pont-Neuf / D’un bon régal de nerf de bœuf / Vraiment Pont-Neuf il fait beau voir / Que vous ne vous daigniez  mouvoir / Quand les étrangers vous font feste / Savez-vous bien nid de filous / Qu’il passe de plus grosses bêtes / Par-dessus vous que par-dessous // Pourquoi nous faîtes vous la morgue / Avecques vostre nouveauté / Pont en cent endroits rajuste / Tout ainsi qu’un vieux soutflet d’orgues / Vous qui faîtes compassion / A la moindre inondation / D’où vient cette humeur altière / Est à cause que vous avez / Cent égouts dans votre rivière / Et plus d’estrons que de pavez »

Ces vers, tirés de l’édition posthume de La Chronique scandaleuse ou Paris ridicule, sont suivis des signature et date « Claude Le Petit 1668 »

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Le décor des portes intérieures

Sous le passage couvert, les portes latérales sont inscrites dans l’épaisseur d’une arcade. Elles sont protégées par une ferronnerie décorative et flanquées de petits reliefs figuratifs : les reliefs de la porte orientale représentent des mouettes pêchant des poissons dans la Seine.   

Rue de Nevers

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La rue de Nevers

La rue de Nevers se prolonge en impasse et se termine en cul-de-sac. Percée au XIIIe siècle et alors fermée par deux portes, elle servait à l’origine de passage de servitudes, notamment à l’évacuation des déchets de la maison religieuse des Saccites ou « frères Sachets » et du collège de Saint-Denis.

Dénommée primitivement « rue des Deux-Portes », elle devint, en 1636, la rue de Nevers en allusion à l’Hôtel de Nevers mitoyen, bâti à proximité de la porte de Nesle, pour Louis de Gonzague (1539-1595), duc de Nevers. Cet hôtel particulier, incorporé dans le petit Hôtel de Conti, puis détruit, avait remplacé l’Hôtel de Nesle, qui se dressait à proximité de la fameuse Tour de Nesle, l’une des quatre tours de guet de l’Enceinte de Philippe-Auguste.

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Maison du XVIIe siècle – 12, rue de Nesle

 La rue de Nesle débouche sur la rue de Nevers, aux trois-quarts de sa longueur. Cette voie fut ouverte en 1607, sur le site de l’ancien collège Saint-Denis, vendu une douzaine d’années plus tôt et aussitôt démoli. Signalée d’abord comme « rue d’Anjou Dauphine », elle ne prend son actuelle dénomination qu’en 1867.

La rue de Nesle n’est pas très longue, mais bordée de bâtiments remarquables. La maison, située au n° 12, bâtie au XVIIe siècle et redécorée au siècle suivant, possède une porte cochère aux discrets ornements « rocaille » et des fenêtres protégées de garde-corps en fer forgé.

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Le cartouche couronnant l’encadrement de la porte cochère

Le splendide cartouche, transpercé de deux branches végétales, l’une de laurier et l’autre de chêne, est un ornement qui évoque probablement les modifications entreprises dans le premier tiers du XVIIIe siècle. Ce cartouche au dessin irrégulier est en outre chargé d’une grappe de raisin sculptée sur l’écusson central.        

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Maison du XVIIe siècle – passage vers la cour intérieure – 8, rue de Nesle

La maison, située au n° 8, bâtie au XVIIe siècle et aujourd’hui d’aspect néoclassique, possède une large porte cochère qui s’inscrit dans un entourage de pierre orné de refends. Les deux vantaux de la porte s’ouvrent sur un passage et une cour intérieure pavée.

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L’Hôtel de Mouy

La rue de Nesle relie la rue de Nevers à la rue Dauphine, qui fut percée dans le prolongement du Pont-Neuf. Première voie dotée d’un tracé rectiligne à Paris, la rue Dauphine fut créée à l’initiative du roi Henri IV : elle occupe l’emplacement des jardins de l’ancien couvent des Grands-Augustins, que les moines avaient été invités à céder au roi. Sa dénomination renvoie à la place Dauphine voisine, que le souverain fit aménager simultanément.

Élevé à quelques mètres du débouché de la rue de Nevers, sur le trottoir opposé, l’Hôtel de Mouy est un bel hôtel particulier, contemporain de la rue Dauphine, dont on mit la façade au goût du jour au milieu du XVIIIe siècle (garde-corps en ferronnerie des fenêtres, consoles du balcon et cartouche à ornement végétal dans le fronton terminal du corps central).  

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L’immeuble de Montholon (1771) – 52, rue Dauphine

 A l’angle des rues Dauphine et Mazarine, l’immeuble monumental du carrefour de Buci a été construit par l’architecte Pierre Desmaisons (1711-1795) pour le conseiller au parlement de Metz, Mathieu de Montholon. Il est un exemple remarquable de la fièvre immobilière qui s’empara de Paris après la guerre de Sept-Ans.

Les façades d’aspect néoclassique de l’immeuble de Montholon sont régulièrement composées : les appuis-fenêtres sont en fer forgé et reposent sur un petit entablement soutenu par des consoles rudentées ; une frise de godrons isole le dernier niveau, couronné d’une corniche imposante. 

Cet immeuble repose sur de hautes arcades décorées de refends qui englobent rez-de-chaussée et entresol. Un balcon continu à garde-corps en ferronnerie souligne le premier étage.

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Le relief à la figure drapée à l’antique

Sur le pan légèrement incurvé, un fronton arrondi couronne les beaux étages et un bas-relief décore le linteau surmontant la fenêtre de l’étage noble. Ce relief montre une figure féminine drapée à l’antique, appuyée sur le casque ailé d’Hermès et soufflant dans une longue trompette. 

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